On a volé votre attention, voici comment la récupérer.
Et 5 principes pour reprendre le contrôle.
En 2024, “brainrot” a été élu mot de l’année par l’Oxford University Press.
Il signifie littéralement “pourriture de cerveau”.
Il désigne l’abrutissement numérique, le déclin cognitif, la fatigue mentale liée à la surconsommation de contenus, l’addiction aux médias ou les comportements de doomscrolling bloqués dans des bulles de filtres négatives…
On pense que le brainrot touche surtout les jeunes.
Mais je ne peux pas m’empêcher de constater que trop de personnes entre 20 et 35 ans sont aussi concernées par ce problème.
Je ne parle pas de regarder en boucle des vidéos de toilettes qui chantent. Je veux parler d’un autre phénomène qui a un impact similaire.
On baigne dans un magma de contenus addictifs qui influence notre identité sans que l’on s’en rende compte.
À force, on adopte des opinions qui ne sont pas les nôtres.
Ce qui mène à la polarisation des idées et à une perte de nuance sur tous les sujets.
Le problème, c’est que si vous ne maitrisez plus ce qui capte votre attention, alors vous ne maitrisez plus votre trajectoire de vie.
C’est brutal dit comme ça, mais je le pense vraiment.
À l’inverse, si vous arrivez à protéger votre capacité d’attention pour faire des choses utiles, vous allez prospérer comme jamais auparavant.
Je vais vous dire comment.
Ce n’est pas une liste de hacks que vous avez déjà entendus dans une énième vidéo de productivité, de mindset ou de motivation.
Dans cet essai, je vous partagerai cinq principes que vous pouvez appliquer aujourd’hui pour reprendre en main votre capacité d’attention.
I - Pourquoi vous n’arrivez plus à vous concentrer ?
J’ai cherché des études sur notre capacité d’attention et ce que j’ai trouvé est pire que je ne l’imaginais.
Les notifications, les vidéos courtes, les algorithmes… Tout est pensé par des ingénieurs comportementaux pour être le plus addictif possible.
C’est très lucratif parce que les plateformes monétisent cette attention auprès d’annonceurs.
Mais ce serait trop facile de blâmer uniquement les réseaux sociaux. Lors de mes recherches, j’ai identifié beaucoup d’autres raisons qui expliquent pourquoi on a l’impression de ne plus pouvoir se concentrer.
Mais d’abord, il faut comprendre de quoi on parle.
Les notions d’attention, de motivation et de concentration sont des mécanismes différents dans notre cerveau :
L’attention est un mécanisme de sélection. Le cerveau reçoit en permanence un volume d’information massif (estimé à un milliard de bits par seconde).
Pourtant, notre conscience n’en traite que 10 bits par seconde. En clair, notre cerveau filtre plus de 99,999 % de l’information brute qu’il reçoit grâce au mécanisme d’attention.
La motivation est un processus qui initie, dirige et soutient un comportement vers un objectif. En gros, c’est le mécanisme par lequel le cerveau libère de la dopamine pour nous inciter à faire des choses et soutenir l’apprentissage par renforcement.
Et enfin, la concentration désigne notre capacité à maintenir notre attention focalisée malgré les distractions. Lors de ce processus, le cortex préfrontal accumule des métabolites, notamment le glutamate, qui finissent par dégrader l’efficacité du travail cognitif. C’est ce qui explique la fatigue après plusieurs heures de travail intense.
Dans cet essai, on va surtout parler de concentration même si je vais utiliser d’autres termes, comme “capacité d’attention” dans un souci de simplicité.
Pourquoi je vous parle de ça ?
Parce que d’après les experts Facebook et les médias, il semblerait que notre capacité d’attention soit en lambeaux.
Mais est-ce que c’est vrai ?
II - La crise de la concentration.
Peut-être avez-vous déjà entendu que l’humain ne pouvait désormais se concentrer que 8 secondes en moyenne (soit moins qu’un poisson rouge) ?
Pourtant, c’est faux.
Les plus grands spécialistes de l’attention l’ont confirmé.
Par exemple, le Dr Gemma Briggs, maître de conférences en psychologie à l’Open University, affirme que la notion de durée moyenne d’attention n’a de toute façon pas de sens parce qu’elle dépend fortement de la tâche à accomplir.
Ou encore, le professeur Edward Vogel, de l’université de Chicago, qui a mesuré que la capacité d’attention de ses étudiants reste remarquablement stable depuis 20 ans.
Bref, nous sommes toujours capables de nous concentrer.
Pour une raison simple : on ne détruit pas un mécanisme psychologique forgé par des millions d’années d’évolution en seulement deux décennies !
Mais dans ce cas, pourquoi avons-nous le sentiment de ne plus réussir à nous concentrer ?
Les travaux de la psychologue Gloria Mark nous éclairent.
Elle a mesuré que notre durée moyenne de concentration a chuté de 150 à 47 secondes en 20 ans.
Autrement dit, même si nous savons toujours nous concentrer, nous changeons de tâche beaucoup plus souvent.
Pourquoi ?
Ce serait trop long de rentrer dans les détails, mais il y a des tonnes de raisons, dont beaucoup que l’on ne soupçonne pas.
Comme les réseaux sociaux et le développement de formats courts et addictifs (évidemment), l’omniprésence des notifications, l’explosion de la charge administrative au travail, la pollution atmosphérique, le déficit de sommeil chronique, les microplastiques qui causent des lésions au cerveau ou encore le rythme social moderne effréné…
Bref, notre environnement cognitif est sursaturé.
Sans blague. J’étais loin de réaliser à quel point notre cerveau est assiégé de toute part.
Le problème, c’est qu’on nous rabâche que notre capacité d’attention relève uniquement de notre responsabilité.
Tu n’es pas sursollicité, tu manques de discipline.
Tu n’es pas surchargé, tu es mal organisé.
Tu n’es pas fatigué, tu es feignant.
En réalité, c’est surtout que le monde a changé.
En 2011, les Américains absorbaient chaque jour cinq fois plus d’informations qu’en 1986 (soit l’équivalent de 175 journaux).
Et ça ne s’est pas arrangé avec l’arrivée des réseaux sociaux et de l’IA.
Notre cerveau n’est tout simplement pas conçu pour traiter autant d’informations.
Et les conséquences sont déjà palpables.
III - L’ère de la démission cognitive.
Faites le test (sans tricher).
Si 5 machines prennent 5 minutes pour fabriquer 5 gadgets, combien de temps faudrait-il à 100 machines pour en fabriquer 100 ?
Intuitivement, vous avez probablement répondu “100 minutes”, pas vrai ?
Sauf que la bonne réponse est 5 minutes.
Si je vous parle de ça, c’est parce que des chercheurs ont fait passer un test similaire à 1 372 personnes.
Dans l’expérience, les participants pouvaient s’aider de l’IA pour obtenir la réponse, mais elle commettait parfois des erreurs volontaires.
Résultat, ceux qui ont utilisé l’IA ont accepté les réponses incorrectes dans 80 % des cas. Pire encore, ces mêmes sujets se sont montrés 11,7 % plus confiants dans leur réponse que ceux qui n’ont pas eu recours à l’IA, alors même que leurs réponses étaient fausses.
Les chercheurs appellent ce phénomène la “démission cognitive”.
Ce phénomène montre que les gens se reposent de plus en plus sur l’IA pour prendre leurs décisions.
Vous allez me dire : pas étonnant dans un monde où on est sursollicité en permanence.
Mais contrairement à ce que vous pensez peut-être, je trouve l’IA géniale pour se décharger l’esprit, y compris pour certaines décisions à fort impact.
Par exemple, aide au diagnostic médical, tri des meilleurs candidats, évaluation du risque de récidive d’un délinquant, accord de prêt bancaire, conduite autonome, choix de la couleur d’un logo…
Les études montrent que l’IA fonctionne bien.
C’est comme accéder à une “super-intelligence” qui fait le travail à notre place pendant que l’on sirote une piña colada.
Plus sérieusement.
Le problème, c’est que si on peut raisonnablement faire confiance à l’IA pour choisir un restaurant ou trier des milliers de CV sur des critères objectifs, lui déléguer notre souveraineté intellectuelle est stupide et dangereux.
Ça reviendrait à faire entrer un cheval de Troie directement dans notre cerveau.
Parce que les études (comme ici ou ici) ont montré que les IA sont très efficaces pour nous influencer sans que l’on s’en aperçoive, surtout si elles sont complaisantes.
Elles donnent l’illusion qu’on garde le contrôle, mais comme elles nous aiguillent avec aplomb, elles nous mènent naturellement dans une direction plutôt qu’une autre.
Vous saisissez l’enjeu.
Je crains en les effets sociétaux d’une démission cognitive à grande échelle.
Méfiez-vous donc comme de la peste d’une IA qui deviendrait financée par la publicité. Ce type d’IA aura rapidement intérêt à vous faire rester sur la plateforme le plus longtemps possible pour maximiser son RPM.
Pour ça, les ingénieurs seront incités à entraîner leurs modèles pour les rendre plus chaleureux et complaisants (quitte à valider nos fausses croyances, donner de mauvais conseils ou cautionner nos fausses théories) dan le seul but de mieux fidéliser l’utilisateur.
En résumé :
La question n’est pas de savoir si vous pouvez utiliser l’IA pour vous aider à prendre des décisions, mais quand vous devriez éviter de le faire.
Encore une fois, ça tient au jugement.
Il va y avoir une différence énorme entre ceux qui auront délégué leurs réflexions aux machines et ceux qui auront gardé leur souveraineté intellectuelle.
Si vous lisez Insight, vous consommez déjà l’antidote : vous faites partie de la minorité de personnes qui développent leur jugement en consommant du contenu long et sourcé.
Mas forcément, ça prend du temps.
Voilà pourquoi vous devez protéger votre capacité d’attention à tout prix.
IV - Récupérer votre capacité d’attention.
J’ai bien conscience qu’il est très difficile de se concentrer dans un monde entièrement conçu pour être une distraction addictive.
Il n’y a pas de solution miracle.
J’ai testé des tonnes de techniques fumeuses et la plupart sont de la poudre de perlimpinpin.
En revanche, j’ai identifié 5 principes qui fonctionnent, inspirés de bonnes pratiques en psychologie et de grands entrepreneurs et penseurs.
J’espère qu’ils vous seront aussi utiles qu’à moi.
1 - Apprendre à dire non.
Lors de la WWDC légendaire de 1997, Steve Jobs déclare :
“Les gens pensent qu’être concentré consiste à dire oui uniquement aux bonnes idées qui se présentent. Mais ce n’est pas du tout ça. Cela signifie considérer toutes les autres bonnes idées et dire non quand même.”
À l’époque, Apple comptait une gamme de plus de 350 références.
En quelques semaines, Jobs l’a réduite à seulement 10 produits.
Par cette décision, Apple est passé de 1,04 milliard de dollars de pertes à un bénéfice de 309 millions de dollars en un an.
D’autres personnes parlent aussi de ça, comme Warren Buffett :
“La différence entre les gens qui réussissent et ceux qui réussissent vraiment, c’est qu’ils disent non à presque tout.”
Aujourd’hui, le plus dur n’est pas d’avoir des idées, mais de choisir, surtout dans un monde gouverné par le FOMO.
Si j’ai appris quelque chose en tant qu’ancien publicitaire, c’est que le mot le plus puissant dans notre esprit n’est ni “gratuit”, ni “exclusif”.
C’est “nouveau”.
La nouveauté déclenche un pic de dopamine dans notre cerveau, parce qu’il est programmé par notre biologie évolutive pour nous inciter à exploiter de nouvelles ressources nécessaires à notre survie.
Mais dans notre monde moderne, la nouveauté est une distraction la plupart du temps.
En réalité, vous aurez beaucoup plus de succès en vous concentrant sur de vieux fondamentaux qu’en passant d’une nouveauté à l’autre.
Apprenez à dire non.
2 - Ecrire plus.
J’ai essayé d’écrire sans IA pendant 3 mois et voici ce qui s’est passé.
Au début, c’était difficile. J’étais lent. J’avais l’impression d’être stupide.
Puis j’ai réalisé à quel point cet exercice était devenu stratégique aujourd’hui.
Comme l’explique l’écrivain David McCullough :
“Écrire, c’est penser. Bien écrire, c'est penser clairement. C’est pour ça que c'est si difficile.”
Voilà pourquoi je vous recommande d’écrire sans IA, surtout dans un monde où l’IA existe.
Je vous le concède, ça a l’air très con. Pourquoi diable perdre du temps à écrire soi-même quand une machine peut faire la même chose 1000 fois plus vite ?
Pour deux raisons.
D’abord, justement parce que l’écriture est un exercice qui cristallise la pensée. Autrement dit, écrire vous rend littéralement plus clair.
Et ensuite, parce que tout le monde utilise l’IA pour écrire (et que ça se voit).
Résultat, un bon contenu rédigé sans IA est devenu rarissime (et les gens adorent).
Mes derniers résultats m’ont confirmé que c’était le bon choix.
J’ai multiplié par 5 l’engagement moyen sur ma newsletter et les opportunités commerciales en écrivant moins, mais plus profondément.
En plus de vous aider à trouver des clients et à mieux gagner votre vie, l’écriture va remettre de l’ordre dans vos idées et ça, c’est inestimable.
Je vous montre comment faire ici.
3- Mettez en place une stratégie de Self Binding.
Notre volonté est une ressource finie.
Chaque jour, vous disposez d’une quantité d’énergie que vous pouvez dépenser, exactement comme une somme d’argent. Chaque vidéo que vous regardez, chaque mot que vous rédigez, chaque décision que vous prenez consomme cette énergie.
À la fin de la journée, vous n’avez plus la motivation de faire quoi que ce soit. Vous vous affalez dans le canapé, complètement vidé, mais rassurez-vous, c’est normal.
Encore une fois, notre volonté est une ressource finie.
Sachant ça, il est devenu stratégique de choisir précisément sur quoi vous allez dépenser votre énergie chaque matin et d’éviter de la gaspiller pour des bêtises.
C’est justement le rôle du self-binding, qui consiste à se compliquer volontairement la tâche pour s’empêcher de faire certaines choses.
Par exemple, je perdais trop de temps sur les réseaux.
Alors j’ai mis en place un minuteur de 30 minutes par jour pour Instagram, TikTok et LinkedIn. À la fin du minuteur, l’app se bloque. C’est tout.
Grâce à ça, j’ai divisé mon temps d’écran par 5.
Autre exemple : supprimez le téléphone dans la chambre à coucher, passez en mode silencieux par défaut entre 9h et 19h ou désactivez toutes les notifications sauf les plus importantes…
En bref, ne comptez pas sur votre motivation pour faire le travail : elle est faillible. Mais vous pouvez modeler votre environnement pour vous rendre infiniment plus productif.
4 - Protéger votre sommeil.
On sous-estime systématiquement l’impact du sommeil sur notre concentration, alors qu’il est aujourd’hui parfaitement documenté.
Votre lit est l’endroit où vous passerez le plus de temps de toute votre vie, c’est donc un mauvais calcul de faire des économies sur un bon matelas.
D’ailleurs, j’ai une théorie pour choisir son matelas.
Savez-vous où on trouve les meilleurs matelas du monde ? Dans les hôtels de luxe. C’est littéralement leur travail de dénicher les meilleurs produits au monde.
Voilà pourquoi en règle générale, vous devriez toujours regarder ce que l’industrie du luxe propose à ses clients et voir si vous ne pouvez pas l’obtenir chez vous. Bizarrement, c’est souvent plus abordable qu’on ne le pense, tout en étant plus rentable sur la durée.
Maintenant, un bon matelas ne permet pas de répondre au déficit chronique de sommeil causé par notre mode de vie moderne, ni aux pathologies du sommeil, même si c’est un bon début.
Au sujet des problèmes de sommeil, si vous avez le moindre doute, rapprochez-vous d’un professionnel de santé.
On sous-estime souvent à quel point on dort mal. Et croyez-moi, la vie est trop courte pour mal dormir.
Par exemple, j’ai récemment demandé à faire une polygraphie du sommeil pour détecter les pauses respiratoires pendant la nuit.
Ça peut changer votre vie.
5 - Devenir plus intelligent avec l’IA.
Un professeur a demandé à ses élèves de résoudre un devoir de maths à la maison. La classe a obtenu d’excellentes notes. Le lendemain, il a redonné exactement le même devoir à effectuer en classe. Sauf que cette fois, les élèves ont obtenu des notes catastrophiques.
Le plus dingue, c’est que la plupart ne se sont même pas aperçus que c’était le même devoir.
Pourquoi ? Parce que les élèves utilisent l’IA comme des idiots.
En revanche, si vous utilisez l’IA de la bonne manière, vous pouvez devenir un génie.
Par exemple, une étude publiée dans Nature a montré que des étudiants apprennent mieux et plus vite avec un professeur assisté par une IA qu’avec un professeur seul.
Comment ?
L’idée est simple : n’utilisez jamais l’IA pour obtenir les réponses, mais pour guider votre réflexion.
Par exemple, j’ai essayé de créer des ateliers marketing guidés, comme ce prompt.
Et les résultats sont excellents.
Voilà. Vous savez maintenant comment reprendre le contrôle de votre concentration avec ces cinq principes.
Si vous aimez ce type d’essai, cliquez sur le bouton j’aime pour m’aider à comprendre ce que vous appréciez et m’inciter à en rédiger d’autres.
Merci de lire Insight.
Clément

